Le Musée d'art moderne de la Ville retrouvera le Palais de Tokyo à la fin de l'année
par Éric Biétry-Rivierre [08 février 2005]

Yoko Ono, mur à souhaits… Jonas Melkas, journal sonore… Ne demeurent plus, dans les salles blanches aux plafonds crevés d'où pendent des grappes de fils électriques et des moignons de tuyauterie, que quelques cartels des dernières expositions. C'était en octobre 2003. Le Musée d'art moderne de la Ville de Paris (MAM-VP) s'endormait complètement. Rive droite de la Seine, logé dans la moitié est du Palais de Tokyo (construit durant la seule année 1937 pour l'Exposition universelle), il avait été frappé d'un «avis défavorable d'accueil du public» en 1998 par la préfecture de police. Les pompiers le trouvaient trop dangereux.

L'année suivante, la mesure avait été levée sous réserve de travaux. La Ville s'étant immédiatement engagée à sécuriser l'ensemble, certaines salles avaient pu rouvrir alternativement. On avait ainsi pu encore admirer là quelques réussites. Des monographies sur Rothko, Matthew Barney, Picabia… Mais le compte n'y était pas, tout devait être revu. La directrice, Suzanne Pagé, avait alors remis les clefs de la maison à l'architecte Patrick Rubin. Et laissé place libre aux ouvriers.

Cette phase de fermeture totale devrait s'achever à la fin de cette année. Christophe Girard, adjoint au maire chargé de la culture (Verts), promet que la scénographie sera reprise à l'identique. «Les espaces d'exposition n'auront pas bougé, on retrouvera le musée inchangé. Notre travail consiste à installer des aspirateurs à fumée et des portes coupe-feu invisibles, à créer des entresols techniques et à remplacer le réseau électrique», précise Patrick Rubin. Le cheminement, très rationnel, des 20 000 m2 divisés en trois niveaux principaux – expositions temporaires, permanentes et créations actuelles – va donc être respecté.

Au coeur du MAM-VP, La Fée Électricité (1937), salle de Raoul Dufy composée de 250 panneaux de bois peints à l'huile, sera éclairée en pied comme le voulait l'artiste. En 2002, 800 000 € sur les 15 millions d'investissement global ont été consacrés au désamiantage du plafond et du dos de ce chef-d'oeuvre. «Sans descellement, et à l'eau», complète Suzanne Pagé. Autres nouveautés : une salle noire de 290 m2 pour des oeuvres vidéo contemporaines, et 100 m2 confiés à Christian Boltanski. Dans les sous-sols, les réserves situées en zone inondable auront été condamnées. Le fonds de 10 000 pièces est désormais placé dans des entrepôts des quartiers nord de la capitale. Ce n'est pas le cas pour La Danse de Matisse qui reprendra sa place aux meilleures cimaises après un périple russe qui l'aura menée au musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg et au musée Pouchkine de Moscou.

Car, depuis le début du chantier, Suzanne Pagé déploie des trésors d'énergie et d'imagination pour valoriser les chefs-d'oeuvre dont elle a la charge. Prêts mais aussi expositions hors de ses murs se sont multipliés. Environ 400 pièces voyagent actuellement en province ou à l'étranger et 250 sont visibles dans Paris. Le département de la jeune création artistique anime le couvent des Cordeliers avec des monographies ou des présentations collectives. Et des oeuvres s'insèrent avec la volonté de surprendre dans divers lieux publics tels que des hôpitaux, Radio France, l'École normale supérieure ou les mairies d'arrondissement. Ou bien jouent à provoquer dans d'autres musées, plus classiques, comme ceux de la Marine, des Arts et Métiers, ou la grande galerie de l'évolution au Muséum national d'histoire naturelle.

La grande «araignée» de Louise Bourgeois parmi les animaux empaillés ? L'aéronef de Panamarenko suspendu entre les coucous d'Ader et de Blériot ? Voilà des décalages légers qui intriguent sans choquer. Qui invitent à de subtiles correspondances entre l'art et la science, entre le réel et l'imaginaire. «Le résultat est satisfaisant car la lecture de ce que nous montrons se trouve renouvelée. Surtout, nous avons atteint de nouveaux publics qui ne fréquentaient pas le MAM-VP», estime la directrice.

Ces initiatives ne constituent toutefois qu'un pis-aller et il ne faut pas beaucoup pousser Suzanne Pagé pour qu'elle dévoile sa surprise de rentrée : une rétrospective Pierre Bonnard (1867-1947) en une centaine de tableaux de toute provenance : du jamais-vu à Paris depuis Beaubourg en 1976. «L'ambition est de montrer que ce grand coloriste peut être considéré comme l'égal de son ami Matisse et de Picasso.» Une promesse de retour en grâce qui s'ajoute, à Paris, à deux autres : la réouverture en juin du Musée d'art asiatique Cernuschi et celle du Petit Palais en novembre.